D'un monde en questions vers un monde en poésie…un monde mauve…mauve et fauve.

philosophie

Comment aiguiser son sens de l’esprit critique

Comment aiguiser son sens de l'esprit critique ?

Rédigé dans une langue claire et accessible, cet ouvrage, illustré par Charb, constitue une véritable initiation à la pensée critique, plus que jamais indispensable à quiconque veut assurer son autodéfense intellectuelle. On y trouvera d’abord un large survol des outils fondamentaux que dort maîtriser tout penseur critique : le langage, la logique, la rhétorique, les nombres, les probabilités, la statistique, etc. ; ceux-ci sont ensuite appliqués à la justification des croyances dans trois domaines cruciaux . l’expérience personnelle, la science et les médias.

” Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. ”
Noam Chomsky

Pour lutter contre toutes les formes d’irrationalité et de croyances dangereuses, il n’existe qu’une méthode : la pratique du doute et de l’esprit critique.

Le livre présente des outils et des méthodes qui permettent de raisonner lucidement et d’aiguiser son sens critique. Emaillé de citations et d’exemples très concrets, il est découpé en 5 grands chapitres, regroupés en deux grandes parties : outils de la pensée critique, et justification des croyances.

Quelques indispensables outils de la pensée critique

Dans cette partie, les différentes manières de mentir – consciemment ou non – avec des mots ou des chiffres sont présentés, ainsi que les outils intellectuels nécessaires pour éviter de se faire entourlouper.

Chapitre 1

Le langage : dans cette partie, l’auteur revient sur les mots utilisés, aux choix trompeurs que l’on peut faire et qu’il faut connaître pour éviter de se faire abuser. Il discute ensuite de logique, et plus particulièrement de l’art de combiner des propositions. La rhétorique, la fourberie mentale et la manipulation sont passées en revue avec les paralogismes courants.

Chapitre 2

Mathématiques (compter pour ne pas s’en laisser conter) : dans ce chapitre, l’auteur revient sur certains outils mathématiques de base (les “mathématiques citoyennes”) – manipulation des grands nombres, statistiques, présentations des données – indispensables pour pouvoir analyser les chiffres qui nous sont fournis et la manière dont ils sont présentés sans se faire abuser.

La justification des croyances

Dans cette partie qui traite des croyances, l’auteur revient sur ce qu’est une croyance, et les trois grandes sources de connaissances et de croyances : expérience personnelle, sciences et médias. Pour chacun de ces domaines, l’auteur explique la démarche à avoir pour rester sceptique et ne pas se faire embobiner.

Chapitre 3

L’expérience personnelle : Justifier nos croyances par notre expérience personnelle est naturel, mais c’est une démarche dont il importe de connaître les limites (perception, souvenir, jugement)

Chapitre 4

La science empirique et expérimentale : pour savoir tracer la limite entre sciences et pseudosciences (les disciplines qui se parent des atours des sciences sans en adopter la rigueur dans la démarche et le doute systématique, par exemple l’homéopathie), pour tracer cette limite, donc, il importe de connaître quelques balises et quelques outils de la démarche scientifique (expérimentation avec contrôle de variable, avec groupe de contrôle et en double aveugle). L’auteur revient également sur des notions d’épistémologie, et sur les fondements de la Science.

Chapitre 5

Les médias : Dans ce chapitre, l’auteur revient sur l’indispensable scepticisme de rigueur pour analyser les informations provenant des médias. Loin d’être la vérité, elles sont le résultat d’un choix dont il importe de connaître les tenants et les aboutissants. L’auteur semble considérer que le plus grave trouble dont souffrent les médias est le regroupement en une pensée unique mercantile et orientée politiquement. Ce n’est pas à mon avis le seul, mais les rappels qu’il fait sont importants.


Enseigner l’esprit critique


Tapez le mot Sarkozy dans Google et vous trouverez dans les premiers résultats une mention de la rumeur persistante de sa liaison avec une de ses ministres. Pourquoi ? Parce que les mécanismes de nombreux moteurs de recherche tiennent plus compte de la notoriété d’une information que de son degré de fiabilité. «Si tout le monde s’intéresse à ce sujet, c’est qu’il doit avoir une certaine importance».
A ce jeu, la presse people l’emporte bien souvent sur les analyses du New-York Times.
.
.

Wikipedia répond elle-aussi à une logique bien particulière. Des tests ont démontré sa fiabilité – une fausse information, aussi anodine qu’une date de naissance erronée dans la biographie d’un artiste méconnu du XVIIIe siècle, est généralement corrigée dans l’heure. Des forces obscures n’en sont pas moins à l’œuvre. Des groupuscules antisémites y falsifient la théorie de la relativité, par haine de la religion d’Albert Einstein. Des peuples d’Asie centrale se disputent l’héritage des Scythes à coups d’interventions dans la section d’histoire antique. Si Wikipedia reste un fantastique outil de partage de la connaissance, sa popularité en fait également le terrain privilégié de guerres idéologiques plus ou moins souterraines, et parfois insoupçonnées.
Il est capital que nous apprenions comment les informations sont produites et acheminées jusqu’à nos navigateurs, que nous développions le flair nécessaire pour présumer qui en est à l’origine. Pour ce faire, nul besoin d’une rangée de serveurs ou de nouveaux algorithmes. L’enseignement de demain, décrit en page 4 de ce numéro, ne pourra se passer de relais humains, – professeurs, bibliothécaires ou parents – à même de transmettre ce que les transistors ne sont pas prêts de gagner sur nos neurones: l’esprit critique.
.

http://actualites.epfl.ch/newspaper-article?np_id=1691&np_eid=118&catid=107


La vie , La mort, L’espace

Question au philosophe: II

Aux environs de 15 ans, j’ai éprouvé un vif intérêt pour l’espace. j’aurais voulu tout savoir , tout comprendre, tout étudier: le ciel , les étoiles, les galaxies, le jour et la nuit, le soleil et la lune.
La question serait anodine si ce n’avait été qu’une simple curiosité intellectuelle, ou une passion d’adolescence interrogative.
Non mon interpellation était beaucoup plus profonde: je voulais  étudier l’espace pour y trouver les secrets de la vie et la mort.
Pourquoi cette sublimation du ciel et pourquoi relier le cosmos à la vérité de la vie et de la mort?
Question mystique ou purement philosophique puisque non scientifique, qu’en pensez vous?

Réponse du philosophe

“Mon interpellation était beaucoup plus profonde : je voulais  étudier l’espace pour y trouver les secrets de la vie et la mort. Pourquoi cette sublimation du ciel et pourquoi relier le cosmos à la vérité de la vie et de la mort? Question mystique ou purement philosophique puisque non scientifique, qu’en pensez vous?”

Les questions que vous posez sont celles qui ont occupé les grands savants depuis l’antiquité à nos jours. Et c’est une gageure pour moi de donner des réponses satisfaisantes. Je vais esquisser quelques pistes de réflexions en espérant que vous poursuivrez vos lectures pour vous faire votre idée de ces problèmes épineux. Qu’est-ce que l’espace ? Pourquoi la vérité, la vie et la mort en rapport avec l’espace ?

Ces questions intéressent aussi bien le scientifique que le philosophe. Elles intéressent le philosophe parce que son but est de chercher la vérité sur tout ce qui existe. L’espace occupe une place incontournable dans la pensée philosophique parce que toutes nos interrogations reviennent à celle-ci : qu’est-ce que l’homme ? Nous n’épuiserons pas sa définition. Nous nous sommes rendus compte que la vie de l’homme se déroule dans l’espace et le temps. Ce sont des notions complexes qu’on ne peut pas aborder sans recourir aux spécialistes.

Dans la Critique de la raison pure, Emmanuel Kant présente l’espace comme « une représentation nécessaire a priori qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures… une condition de possibilité des phénomènes ». L’on peut entendre par représentation a priori de l’espace le fait que l’espace préexiste à toute expérience. L’espace est une forme pure de l’intuition externe à travers laquelle le sujet forme des objets et sans laquelle il ne saurait y avoir d’objets pour lui. L’espace, selon Kant, ne peut être dérivé d’aucune expérience parce qu’il est déjà impliqué dans chacune d’elles.

C’est en ce sens que pour Kant, « L’espace sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs.» Car, tout ce que je perçois de réel, je le perçois dans l’espace. L’espace est la condition de la réalité pour moi de n’importe quel objet. L’espace est pour cela une condition nécessaire a priori de tout, de la recherche de la vérité, de la vie, de la mort. Il est justement impossible de se faire une représentation abolissant l’espace, alors que comme le souligne Kant, il est parfaitement possible d’en éliminer en pensée tous les objets.

L’importance de l’espace fait que rien n’arrive pour l’homme en dehors de l’espace. La fascination pour l’espace a quelque chose de scientifique, mais elle aussi philosophique à cause de son caractère incontournable dans l’établissement du vrai. Nous vivons dans l’espace, et nous mourrons dans l’espace. Si nous sommes en vie, c’est grâce aux conditions de vie spaciales, et c’est encore la raison pour laquelle nous mourrons tous un jour. Tout ce qui loge dans l’espace et le temps est frappé de finitude, il doit finir, il tend vers sa fin, il est mortel. Du coup le questionnement sur la vie et la mort dans l’espace est très logique. Toute la vie de l’homme se passe comme une course contre le temps de l’arrivée de la mort. C’est une course éperdue puisque tant que nous sommes dans l’espace et le temps, notre vie est factice.  La vie, hors mis celle de Dieu, n’est possible qu’en l’espace. Et c’est encore là qu’elle doit finir. D’autres vies reprennent, et le cycle de vie dans l’espace paraît sans fin, même si les vies individuelles doivent finir.

Vous savez aussi que c’est par l’étonnement que la philosophie est née. Les anciens philosophes grecs, ceux que l’on appelés les sensualistes, étaient de grands observateurs de la nature, de l’espace et du temps. Les savants voulaient comprendre pourquoi les choses existaient. Thalès, Anaximandre, Anaximène, Héraclite et leurs successeurs cherchaient dans l’eau, l’illimité, l’infini, et le feu le principe de tout ce qui existait. C’est cet attachement à la recherche de la vérité dans l’espace qui nous a été légué. La fascination pour la vérité dans l’espace est à l’origine de tout ce qu’on peut appeler science de nos jours. Emmanuel AVONYO, op


Droit à l’enfant, droit au bonheur

Question au philosophe:   I

Un amie  psy m’a dit , il y a de cela quelques années qu’il n’y avait pas de droit à l’enfant.
La vie  vous apprend, surtout quand on est de confession musulmane qu’il n’y pas de droit au bonheur, la vie n’étant qu’une suite d’épreuves visant à tester notre foi, nous ne sommes que de passage sur cette terre.
N’ayant pas les moyens humains, matériels, structurels ou conjoncturels pour me poser la question sur d’autres plans, je voudrais avoir votre avis , votre conception sur la plan purement philosophique.
Pas de droit à l’enfant, pas de droit au bonheur, comment peut -on vivre malgré tout une vie qui vaille la peine d’être vécue, sans mysticisme démissionnaire, sans individualisme outrancier, vivre le présent en ayant les pieds sur terre et la tête dans l’au delà avec toute l’humanité dont on est potentiellement capable.

Réponse du philosophe

Bonjour Yano,

Je disais hier que “ce sont des questions bien provocantes pour le philosophe”. Je trouve provocant le fait qu’un psychologie puisse se muer en moraliste, et que l’on puisse interdire à un homme ou à une femme le droit au bonheur et celui d’avoir des enfants. Ce n’est pas le travail du psychologue de prescrire des normes morales, il doit s’occuper de la santé de l’âme et du corps en rapport avec la vie sociale et professionnelle aussi longtemps que cela est de son domaine. Il ne peut conseiller d’arrêter de donner des enfants que lorsque cela affecte la santé psychologique de son patient. La première question que j’avais envie de poser est celle de savoir si ce psychologue était à la fois un chef religieux qui s’occupe de l’accompagnement spirituel de ses patients. Rien n’est moins sûr. Passons.

_______________________________

“La vie vous apprend, surtout quand on est de confession musulmane qu’il n’y pas de droit au bonheur, la vie n’étant qu’une suite d’épreuves visant à tester notre foi, nous ne sommes que de passage sur cette terre”.

Ma chère, vous voulez savoir ce que le philosophe pense de l’interdiction du droit au bonheur et du droit à l’enfantement. Cela oblige le philosophe à se prononcer sur des coutumes ou règles religieuses qui n’obéissent pas à la même logique de raisonnement. La foi a sa propre logique qui défie parfois la rationalité pure. Vous avez raison de dire que raison et foi sont confessionnellement solidaires. Mais il y a une limite à cette cohabitation. Certaines vérités de foi ne se démontrent pas rationnellement, elles doivent être accueillies et rationnalisées à l’intérieur de la foi, sinon le conflit est imparable. La foi a beau être rationnelle, elle a sa rationnalité propre que la raison philosophique ne connaît pas complètement. L’autonomie de la raison et de la foi interdit que l’un empiète sur le domaine de l’autre.

Mais sans passion, le philosophe peut en dire quelque chose. Sans souci de stigmatisation, la raison peut convoquer des données de foi à son tribunal pour l’obliger à s’expliquer. C’est bien ce que nous allons faire. Le droit au bonheur comprend le droit à avoir une progéniture. Ce sont des lois de la nature. Personne ne peut obliger à avoir des enfants, personne ne peut condamner son frère à chercher le bonheur d’une façon qui lui plairait. Mais personne n’a le droit de l’en interdire. A moins qu’il y ait une législation qui demande de canalyser et planifier les naissances. J’ai déjà appris qu’en Chine, à cause de la surpopulation, la loi demande de ne pas avoir plus d’un enfant. Cela est à vérifier. Mais là, on n’a pas interdit d’avoir des enfants. Avoir une progéniture est indispensable (mais non contraignant) pour péréniser le projet humain sur terre.

Les droits de l’homme sont le produit du siècle des lumières. Le refus de l’obscurantisme a conduit de grands hommes d’Etat et penseurs à se pencher sur la situation de l’homme. C’est en quelque sorte l’aboutissement d’une longue marche qui a commencé depuis le Moyen Age avec Duns Scott, Thomas d’Aquin et autres, qui ont lutté pour une meilleure considération de la personne humaine. L’humanisme moderne a aussi mis l’accent que la considération de l’homme comme une valeur qu’on ne doit pas manipuler pour d’autres fins.

C’est dans ce cadre que s’insère la reconnaissance du droit à la vie, du droit au bonheur civique, du droit à fonder une famille et à être socialement épanoui, en ce sens qu’aucun obstacle extérieur ne devrait être fait à l’épanouissement de chacun. Mais comme toujours, depuis les origines, la vie et le bonheur sont des données sacrées. Au nom du caractère sacrée de la vie, l’on ne doit pas empêcher quelqu’un d’en jouir. Le bonheur est imprescriptible. On ne peut pas demander à quelqu’un d’être heureux pour qu’il le soit. Personne ne peut être obligé à être heureux. De même, on ne peut pas proscrire à quelqu’un le droit de la jouissance de la vie, du bonheur. Le bonheur ne se prescrit pas, le bonheur ne peut pas être aliéné pour quelque raison que ce soit. Le bonheur est la finalité de toute existence humaine. Tous nos combats et toutes nos luttes visent le bonheur. Tous efforts de l’homme convergent vers la possession d’un bien être multiforme : matériel, sprituel, conjugual, professionnel, social… Refuser le bonheur à quelqu’un c’est couvrir la vie du non sens, c’est enlever à la vie son principe et sa finalité.

Je peux donc affirmer sans risque de me tromper que toute prescription religieuse qui interdit à l’homme l’acquisition des biens, la possession privée des biens, la jouissance de la vie, la recherche d’un bonheur existentiel, matériel ou spirituel est contre nature. Cela va contre la nature de l’homme de l’empêcher à accomplir son humanitude, d’avoir accès à tout ce qui lui permettrait de réaliser son humanité. C’est pourquoi, au nom d’un bonheur spirituel eschatologique (d’après la mort), il ne doit pas être refusé à l’homme un bonheur dans le présent. Le bonheur est un tout dont nous nous pouvons pas amputer un terme essentiel, la condition présente. Le refus du bonheur pour des considérations religieuses ou politiques ne peut recevoir aucune justification philosophique. C’est une véritable entorse à l’éthique humaine. C’est une aliénation grave de la liberté de l’homme. Si rien ne peut forcer l’homme à rechercher son bonheur, cela semble aller de soi, au risque de faire son malheur, rien ne peut l’empêcher aussi. Mais quand on raisonne à l’intérieur d’une confrérie religieuse, c’est la logique de la foi qui prime. La foi vient soutenir et suppléer la raison au moment où elle touche à ses limites, à sa cime. C’est la même personne qui philosophe qui croit, mais la raison philosophique ne peut pas épuiser l’objet religieux, au sens où la raison ne peut pas rendre raison de la foi sans reste. Il y a un domaine qui lui échappe.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 399 followers